La monarchie absolue et ses limites
La monarchie absolue et ses limites
Le mot « absolutisme » n’existait pas à l’époque, il est inventé en 1796.
L’absolutisme est un système politique dans lequel tous les pouvoirs sont détenus par un monarque. Cette puissance commande et ne reçoit aucun commandement ; indivisible et perpétuelle, elle s’appuie sur une légitimité de droit divin du monarque qui l’incarne et dont Louis XIV reste dans l’histoire comme la plus parfaite illustration.
Il faut remonter à la fin du Moyen-âge et à la Renaissance pour trouver les fondements de l’absolutisme en France. Les fils de Henri II sont contestés et leur autorité reste fragile.
Dans la première moitié du XVIIéme, les périodes de régence constituent des moments difficiles pour le pouvoir royal.
L’absolutisme relève davantage de la pratique du pouvoir que d’une doctrine politique.
Introduction
Depuis la fin du Moyen Age, l’Etat monarchique n’a cessé de se renforcer en France, malgré les guerres de religion et la Fronde.
Le règne personnel de Louis XIV apparaît comme le moment d’apogée de la monarchie absolue : le roi veut régner sans premier ministre et décider seul de la politique du pays.
1027 : règle de primogéniture (Robert le Pieux choisit son fils second né le premier est mort).
1316 : la loi de succession s’enrichit de 2 règles : les filles sont exclues du trône (loi salique), en cas d’absence de descendants mâles directs, le plus âgé des frères du souverain défunt lui succède.
1374 : Charles V fixe la majorité des rois à 13 ans.
1419 : Tractatus de Jean de Terrevermeille : le roi ne peut renoncer au trône ni en exclure son fils (le traité de roi en 1420 est anticonstitutionnel).
1539 : Ordonnance de Villers-Cotterêts impose à la justice l’usage du français et réglemente la tenue de registres paroissiaux.
1588 : l’édit d’Union : Henri II précise la règle de catholicité (Henri IV dut se convertir).
1. La société française d’Ancien Régime
Une société hiérarchisée voulue par Dieu et garantie par le roi
Depuis le Moyen-âge, la société est divisée en trois ordres qui correspondent aux trois fonctions sociales :
- le service de Dieu : le clergé
- la défense : les nobles
- le travail : les paysans et les bourgeois qui constituent le Tiers état.
Le clergé et la noblesse sont des ordres privilégiés : ils ne paient pas d’impôt. La monarchie garantit cet ordre social voulu par Dieu.
Une société chrétienne
La religion accompagne tous les gestes de la vie (baptême, mariage, sépulture). La paroisse est l’unité territoriale de base. Les fêtes chrétiennes sont des moments forts de l’année : Noël, le Carême, Pâques,…
Le clergé : premier ordre du royaume
C’est le premier ordre car le plus près de Dieu, soumis au pape mais obéissant avant tout au roi. Un impôt lui est destiné : la dîme.
Il y a deux grandes divisions :
- entre le clergé régulier (moines) et le clergé séculier (curé, évêque, cardinal)
- entre le Bas clergé (curés de campagne) et le Haut clergé (évêque, cardinal)
La noblesse
La mission des chevaliers, devenus nobles, est de faire la guerre : contre le don du sang, le roi leur accorde le privilège de ne pas payer l’impôt et de commander les armées.
C’est un ordre héréditaire : on est noble de père en fils. L’anoblissement est possible par volonté royale.
Au XVIIème, la noblesse est domestiquée, càd soumis à l’obéissance : le roi la place sous ses ordres à la cour de Versailles.
Le Tiers état : l’écrasante majorité des français
Il constitue plus de 90% du peuple français. On distingue les paysans et les bourgeois.
Les paysans constituent 85%.
La vie fragile de la population la plus nombreuse d’Europe
Après la Russie, la France est le pays le plus peuplé d’Europe avec 20/22 millions d’habitants sous Louis XIV. L’espérance de vie moyenne est faible : entre 35 et 40 ans.
2. Les progrès de la monarchie française de la fin du Moyen-âge à l’époque moderne
L’héritage du Moyen-âge : une monarchie de droit divin
Depuis Philippe Auguste (1180-1223), saint Louis (1226-1270) et Philippe le Bel (1285-1314), le roi de France est « empereur en son royaume ». Il tire un immense prestige de son sacre à Reims qui le rend « thaumaturge ». Il est de tradition que le roi lors du sacre touche des écrouelles en disant « le Roi te touche, Dieu te guérit ».
Il est le roi très chrétien qui impose son autorité autant vis-à-vis des grands seigneurs que des princes étrangers.
Le monarque ne tient son pouvoir que de Dieu. Etant sacré, sa personne est inviolable et le régicide est puni par la mort. Les progrès de la monarchie n’ont toutefois pas été sans douleur.
Des progrès dans la douleur
La monarchie a subi de dures épreuves notamment la guerre de Cent Ans, les guerres de religion. Mais Charles VII, puis Louis XI ont su réduire les seigneurs à l’obéissance. François I et Henri II ont fait de la cour le centre de la vie politique.
Le roi gouverne avec son conseil (4 secrétaires d’Etat). Son armée est dirigée par un connétable et sa justice par un chancelier.
Dans la deuxième moitié du XVIéme siècle, les luttes religieuses se traduisent par des résistances aux progrès d’une monarchie qui se veut absolue ; le roi, représentant de Dieu sur terre, détient seul le pouvoir.
Quels sont les progrès de la monarchie absolue de François I à Louis XIV (1515-1661) ?
En 1516, François I assure l’obéissance du clergé par la signature du concordat de Bologne avec le pape : c’est désormais le roi qui nomme les évêques et les abbés des grands monastères.
François I et Henri II renforcent l’administration de la monarchie en multipliant les fonctionnaires : « les officiers ».
Ils consolident la monarchie sur ce principe : « Tout ce qui plaît au prince est la loi ». Les ordonnances (lois royales) se terminent par la formule « car tel est mon bon plaisir ». Les autres institutions de pouvoir sont affaiblies : Parlement de Paris, Etats généraux.
La fiscalité royale se renforce : les impôts deviennent permanents. Les aides (taxes sur la vente de marchandises), la gabelle (vente du sel), la taille (impôt direct sur les terres ou les personnes dont sont exemptés les nobles, les clercs et officiers du roi). Au XVIéme siècle, les impôts augmentent, tout comme les dépenses de la cour.
Cet alourdissement fiscal s’explique par le développement de l’armée royale (guerre des 30 ans). L’armée compte entre 150 000 et 200 000 hommes.
3. L’évolution politique de Henri IV à Louis XIV : vers la monarchie absolue
Henri IV et Louis XIII
Henri IV rétablit la paix religieuse avec son édit de Nantes en 1598. Il décrète la tolérance d’une autre religion au nom de l’intérêt de l’Etat. Mais il est assassiné en 1610. Son fils Louis XIII lui succède et comme il est trop jeune, sa mère Marie de Médicis devient régente du royaume. C’est en fait le cardinal de Richelieu, son premier ministre, qui gouverne.
Richelieu veut restaurer l’autorité royale en France en brisant les révoltes des nobles et en rasant leurs châteaux. Il lutte aussi contre les Protestants.
Dans les provinces il utilise des intendants qui représentent le roi. Après la mort de Richelieu et de Louis XIII en 1642-43 débute le règne de Louis XIV et la régence de sa mère Anne d’Autriche qui gouverne avec le cardinal Mazarin.
Cette régence est marquée par une période de troubles et de guerre civile (la Fronde). Cette révolte échoue et Mazarin en sort vainqueur.
Le désordre engendré par la Fronde renforce la monarchie absolue, qui paraît être le seul système de gouvernement capable d’assurer l’ordre dans le royaume.
4. L’apogée de la monarchie absolue sous le règne personnel de Louis XIV
La consolidation et l’organisation d’un Etat moderne qui se veut absolu
A la mort de Mazarin, en 1661, Louis XIV décide de ne pas prendre de premier ministre et de gouverner seul. C’est sous son règne que la monarchie absolue atteint son apogée. C’est l’affirmation pleine et entière d’une monarchie de droit divin.
Louis XIV, un roi qui met en scène son pouvoir absolu et sa gloire
Louis XIV est un roi en constante représentation. Il choisit pour emblème un soleil rayonnant sur le globe, avec pour devise latine : « Nec pluribus impar » (« Au-dessus de tous »).
Il décide de développer l’industrie et le commerce pour enrichir le pays et accroître la puissance du roi. Selon lui, un Etat doit importer le moins possible et exporter le plus possible pour faire entrer l’argent.
Versailles, un château à la gloire du « roi soleil »
Impôts et finances de la monarchie
Les principaux impôts royaux sont :
- la taille
- la capitation
- le vingtième
- les aides (sur les transactions)
- la gabelle
- les traites (droits de douane)
Ces impôts ne suffisent pas et le roi a souvent recours à des ventes d’offices, d’anoblissement et surtout à des emprunts qui endettent le royaume et le rendent dépendant des financiers.
Limites et réussites de la monarchie absolue
La monarchie se renforce sous Louis XIV, elle n’est pas aussi absolue et illimitée que l’affirme la propagande.
- le roi doit respecter des lois fondamentales du royaume : les règles de succession, le respect des lois anciennes pour garantir la continuité de l’état. Il doit être catholique, se montrer juste et sage et ne doit pas diviser son royaume.
- La monarchie doit sans cesse faire des compromis avec les différents pouvoirs (communautés villageoises, seigneuries, villes) pour faire appliquer ses décisions.
- Le pouvoir royal doit prendre en compte différentes institutions : les parlements (cours de justice), les Etats généraux (réuni en 1614 pour la dernière fois) et les Etats provinciaux (assemblées chargées de discuter l’impôt).
Les réussites de la monarchie française sont cependant réelles :
- le développement de l’administration qui assure un meilleur contrôle du pays (5000 officiers sous François I, 60 000 sous Colbert). On parle de monarchie administrative.
- L’œuvre des intendants qui coordonnent et centralisent l’action des différents acteurs politiques.
- L’agrandissement de la France et son rayonnement à l’étranger.
La fin de règne tragique de Louis XIV (1715)
Les finances royales sont épuisées (guerre d’Espagne). De terribles famines touchent le royaume. Tous les héritiers directs meurent les uns après les autres : le dauphin en 1711, le duc de Bourgogne et son fils en 1712. Seul reste un arrière-petit-fils, né en 1710, le futur Louis XV.
Louis XIV meurt le 1er septembre 1715. Son règne est le plus long qu’ait connu la France.
A la fin de son règne, la monarchie absolue ayant connue son apogée, la majorité des Français continue d’apprécier la monarchie absolue. Il faut attendre le XVIIIème pour entendre de véritables grincements.
Louis XIV laisse à ses successeurs une France solide, équilibrée et modernisée. Louis XV et Louis XVI se contentèrent souvent de les conserver, comme ils crurent bon de maintenir la Cour à Versailles et d’éviter Paris. Ils ont oublié que Louis XIV était un prince empirique, nullement conservateur. Ils auraient du modifier certaines institutions ou créer de nouvelles structures. Louis XIV s’était attaqué à l’inégalité sociale : il avait fait tomber les privilégiés dans les impôts de solidarité, le Dauphin lui-même, les ministres, les fermiers généraux et les grands du royaume avaient été taxés. Le paysan paye plus volontiers si les riches paient aussi.
La capitation et le dixième n’ont pas été officialisés. Il fallait encourager le développement de la petite propriété, abolir les droits seigneuriaux.
Louis XIV a rompu avec l’habitude d’introduire dans le Conseil la Reine mère, les princes de sang et les grands du royaume (reviennent mid-XVIII).
5. Louis XV et Louis XVI : une monarchie qui chute
Le règne de Louis XV (1715-1776)
Le visage de la France a changé. Les conditions de vie se sont améliorées : la population est plus jeune (mortalité infantile plus faible) et plus nombreuse, mieux nourrie. L’économie française rattrapait son retard sur l’Angleterre dans le commerce comme dans l’industrie, cette économie s’ouvre sur le monde. Une grande majorité des Français reste attachée à la foi catholique. La création intellectuelle est florissante, la France impose un « art de vivre ».
Le pays souffre de l’archaïsme de ses institutions. Les institutions ne permettent pas un dialogue entre le Roi et ses sujets. Les structures sociales paralysent l’initiative, la promotion sociale est difficile. La monarchie manque de moyens financiers car elle n’a pas su moderniser sa fiscalité.
Si la France est en bonne santé, le régime entre en crise.
Le règne de Louis XVI (1776-1793)
Il a 20 ans quand il monte sur le trône, il prend les rênes du pouvoir sans y être préparé. Il commence par renvoyer les ministres impopulaires de son grand-père. Il ne choisit pas de premier ministre, mais s’appuie sur le comte de Maurepas. Il commence son règne en bénéficiant d’une grande popularité. Certains conseillers le poussent à entamer une politique de réformes mais il se montre hésitant. Il perçoit le malaise du royaume sans parvenir à prendre l’initiative. Le prix du pain et les problèmes de famine provoquent des émeutes. Les hivers sont durs et les privilèges sont contestés.
Louis XVI prend part à la guerre d’indépendance américaine en soutenant les insurgés. Le bilan est mitigé : le prestige de la couronne est renforcé sur le plan de la politique étrangère, mais les caisses de l’Etat sont vides.
Les états généraux sont convoqués le 5 mai 1789. Les événements s’enchainent et Louis XVI qui n’a pas la fibre absolutiste de ses prédécesseurs, ne parvient pas à inverser le cours des choses. Se succèdent la création de l’Assemblée nationale constituante, la prise de la Bastille, l’abolition des privilèges, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen,…
Louis XVI continue à hésiter. Il écoute sa femme, résolument royaliste. En 1791, la famille royale tente de fuir le royaume, mais ils sont récupérés à Varennes. Le souverain est soupçonné de trahison. Louis XVI est enfermé au Temple. On prononce sa condamnation à mort et le 21 janvier 1793, il est décapité.
Au XVIIIème, l’absolutisme est critiqué par les philosophes des Lumières tels que Denis Diderot ou Jean-Jacques Rousseau. La remise en cause du système politique prend une tournure radicale en 1789 lorsque les députés se déclarent Assemblée Nationale et qu’ils rédigent par la suite une constitution. On passe alors à un régime de monarchie constitutionnelle.
Citations
« Absolutisme est synonyme de despotisme, de pouvoir capricieux et illimité. C’est inexact : pouvoir absolu signifie exactement pouvoir indépendant ; la monarchie française était absolue dès lors qu’elle ne dépendait d’aucune autre autorité, ni impériale, ni parlementaire, ni populaire : elle n’en était pas moins limitée, tempérée par une foule d’institutions sociales et politiques héréditaires ou corporatives… » Charles Maurras
Moins de privilèges, plus d’égalité, la terre aux paysans : avec ce triple programme, l’ancien régime eût peut-être reconduit son bail pour 300 ans.