EVOLUTION DE LA CONDITION OUVRIERE DE 1850 A 1939
EVOLUTION DE LA CONDITION OUVRIERE DE 1850 A 1939
Avec l’apparition des sociétés industrielles le monde ouvrier se développe. Ses conditions de vie difficiles évoluent favorablement de 1850 à 1939. En effet, prenant conscience d’être défavorisés par rapport aux autres classes sociales, les ouvriers s’organisent et réussissent ainsi à obtenir des droits nouveaux.
Les conditions de travail du monde ouvrier sont particulièrement difficiles. La durée quotidienne de travail dépasse 10 heures, sans jour de congé, pour un travail dangereux et éprouvant. L’apparition du fordisme qui organise le travail à la chaîne rend le travail abrutissant et répétitif. De plus, les salaires sont misérables et permettent à peine de survivre : les 3/4 du salaire sont ainsi consacrés à la nourriture, pour une famille où même les enfants travaillent, dès leur plus jeune âge.
Ils ne disposent d’aucune couverture sociale : un accident de travail conduit la famille à la rue.
Cette situation est d’autant moins acceptable pour les ouvriers que les bourgeois, leurs patrons, vivent dans le luxe et méprisent souvent ceux qui les font vivre !
C’est dans ce contexte que naît le syndicalisme et que l’idéologie socialiste se répand dans la classe ouvrière qui s’organise. La CGT, révolutionnaire, devient le principal syndicat en France et réussit à imposer des réformes qui améliorent la vie du monde ouvrier. La durée du travail est ramenée à 8h, 5 jours par semaine, les ouvriers obtiennent même des congés payés en 1936. Les salaires augmentent et une couverture sociale garantit le maintien d’un niveau de vie minimum.
L’enseignement obligatoire laisse espérer une évolution sociale. On reconnaît des droits aux ouvriers, qui leur permettent de mieux se défendre.
Néanmoins, à la veille de la seconde guerre mondiale, la vie du monde ouvrier reste difficile et la solidarité née de ces conditions de vie déplorables perdure, renforçant la prise de conscience d’une identité ouvrière.
Pendant ce cours il a été surtout question du début des luttes sociales en France au 19ème siècle avec une mise en avant de certaines similitudes entre la situation des mouvements sociaux de cette époque et la situation actuelle ; l’approche a été plus sociologique qu’historique.
A travers les luttes sociales du 19ème siècle il s’agissait pour la classe ouvrière de l’époque non seulement de lutter contre les injustices sociales mais aussi et surtout de lutter pour gagner le droit à la parole politique, obtenir la reconnaissance du droit à revendiquer.
L’obtention de la reconnaissance du droit de la classe ouvrière à intervenir en politique n’a pas été facile du tout. Des manifestations et des grèves ont existé dès le début du 19ème siècle, néanmoins la reconnaissance du droit à revendiquer n’a été effective que vers le milieu du 20ème siècle. Quelques dates :
début du 19ème siècle : manifestations, grèves
1884 : syndicalisme commence
1906 : chartes d’Amiens, on commence à parler de l’émancipation des travailleurs par eux-mêmes
1935 : reconnaissance du droit à manifester
1936 : conventions collectives acceptées comme une pratique incontournable
1946 : reconnaissance du droit à la grève
1950 : l’exécutif déclare que « la grève est un principe fondamental de notre temps ».
Premiers acquis : le droit à lutter, acceptation que les griefs des travailleurs valent la peine d’être entendus. Ceci n’a pas été simple et évident.
Au 19ème siècle il s’agit d’actions très localisées, elles ne franchissent pas les frontières de l’usine ou de la mine concernée. Il s’agit de revendications très précises. Les grèves sont illimitées, souvent finissent en émeutes et en interventions armées. Les manifestations sont réprimées, finissent dans le sang, les dirigeants sont poursuivis.
En 1890 le syndicalisme est très limité, peu développé dans le milieu ouvrier ; les actions sont toujours très locales et « corporatistes » avec peu de notion de solidarité vis-à-vis d’autres corporations. Les premiers représentants et dirigeants syndicaux ont la vie très dure, font un travail très lourd de « porte à porte » pour convaincre.
La mise en place de structures locales de solidarité a joué un rôle extrêmement important pour développer le mouvement de luttes sociales : les coopératives et mutuelles ouvrières, les caisses de secours, les coopératives de consommateurs ont été des structures clés pour donner forme et cohésion au mouvement ouvrier. Il s’agissait d’organisations très fortement implantées dans le milieu local. Il a fallu un très long travail individuel et collectif pour aboutir à un mouvement plus vaste.
La nécessité de s’organiser apparaît : avoir des intérêts communs ne suffit pas, l’importance d’un grief ne suffit pas non plus ainsi que l’idéal à lui tout seul ne suffit pas non plus. Il faut l’existence d’une organisation avec une hiérarchie, avec des structures qui s’enracinent dans le milieu social des gens à mobiliser.
Les manifestations organisées jouent un rôle essentiel dans la construction du mouvement social. Des règles pour manifester sont fixées vers 1909 : les élus ouvriers se placent en avant du cortège (prenant la place qui était celle des femmes et des enfants pendant les premières manifestations), ils défilent avec leurs écharpes tricolores, les trajets sont définis à l’avance en accord avec la police et les premiers services d’ordres ouvriers apparaissent.
A cette époque les manifestations sont importantes pour légitimer la lutte des ouvriers pour acquérir un sentiment de dignité. A travers la pratique des manifestations le mouvement mesure sa force. Le nombre va créer un rapport de force.
Le mouvement ouvrier a dû subir le mépris, les moqueries et le dénigrement sans entrave de la part de la presse et des classes dominantes. A propos d’une manifestation ouvrière pacifique et organisée les journalistes parlent de « la promenade » des ouvriers. Les premiers représentants ouvriers ont été vilipendés, moqués en public. Jules Joffrin, premier élu ouvrier au conseil municipal de Paris : on se moquait de sa façon de parler, de se tenir ; on disait qu’il s’exprimait grossièrement, qu’il était un ivrogne, etc.
Les premières manifestations vont susciter la peur sociale et morale dans les classes dominantes ; le peuple en politique va effrayer. Des psychologues des foules vont décrire les manifestations comme des foules émotives, sans contrôle et dangereuses : « la foule est ivre, la foule est féminine donc hystérique et violente ; phénomène de contagion, les individus ne sont plus des individus mais constituent une foule menaçante ». Ce type de discours va servir à justifier que les revendications portées par les manifestants ne valent pas la peine d’être écoutées et va justifier aussi la répression, les massacres et les poursuites des dirigeants syndicaux.
Pendant longtemps la participation du peuple en politique est dénigrée, rabaissée, discréditée.
Le mouvement ouvrier arrive à obtenir une reconnaissance politique, un droit à participer à la vie politique au milieu du 20ème siècle. Des ouvriers occupent des postes politiques (députés, ministres, conseillers, maires, etc.), les revendications syndicales sont prises en compte. Ceci va permettre l’acquisition de très nombreux droits sociaux et la mise en place de certains services publics comme la sécurité sociale.
Aujourd’hui, nous nous retrouvons dans une situation qui ressemble un peu à celle du 19ème siècle avec très peu de participation des classes populaires dans le milieu politique là où se prennent les décisions ; la sphère politique est chaque fois plus réservée à des gens provenant des couches sociales élevées. Ceux qui n’appartiennent pas aux couches élevées se sentent isolés, coupés de la sphère politique et du pouvoir avec le sentiment de ne plus pouvoir influencer sur les décisions prises. Les mouvements sociaux sont souvent dénigrés ou pas pris en compte.
Il existe aussi aujourd’hui une tendance à vouloir discréditer la valeur de la participation politique des couches les plus populaires. Quelques exemples :
Des commentaires méprisants sont faits vis-à-vis du vote Front National qui supposé être un vote provenant essentiellement des classes les plus pauvres devient le « vote des incultes », des « paumés », des gens soumis à des instincts et donc « pas sérieux politiquement ».
Aussi vis-à-vis des mobilisations de chômeurs et SDF. Les représentants du pouvoir considèrent qu’il n’y a pas de véritables revendications, justes des émotions donc il ne faut pas les écouter.
Aujourd’hui, la place des médias dans la vie politique est devenue centrale. Il ne suffit plus de manifester dans la rue, ce qu’il faut c’est passer dans la presse, attirer l’attention des médias. Ceci oblige les représentants des mouvements sociaux à entretenir des liens avec les médias, avec le milieu des journalistes. Ceci n’est pas à la portée de tout le monde. L’accès aux médias est beaucoup plus difficile pour les couches populaires (ouvriers, immigrés, instituteurs, chômeurs, sans papiers, petits commerçants, etc.) que pour les couches les plus aisées (cadres, haut fonctionnaires, professions libérales, grands entrepreneurs, dirigeants des grands partis politiques) qui appartiennent au même milieu social que les dirigeants des médias. Les manifestations des mouvements sociaux ont besoin de visibilité, de crédibilité vis-à-vis des médias ; elles deviennent ainsi très vulnérables.
Le tournant néolibéral a transformé le rôle de l’état. Le rôle actuel de l’état n’est plus d’assurer une justice sociale et un bien être social pour tous mais de gérer l’exclusion et la pauvreté sous la forme d’aide caritative aux victimes. Ceci entraîne une mise en concurrence des victimes et une délégitimisation des luttes sociales, qui n’auraient plus raisons d’être.
Les mouvements sociaux doivent actuellement se soumettrent au dialogue social, supposé être complexe et qui nécessiterait l’intervention « d’experts ».Ceci entraîne une démoralisation des vieux syndicalistes qui ne se retrouvent plus dans ces luttes d’experts. Les salariés ont le sentiment de ne plus être pris en compte dans la négociation.
Ainsi nous nous retrouvons actuellement dans une situation un peu analogue à celle du 19ème siècle avec une exclusion des couches populaires de la sphère politique.
Les mouvements sociaux se trouvent actuellement assujettis au pouvoir des médias et entravés dans des discussions d’"experts". La précarité au travail et la perte de l’identification de l’atelier, l’usine, la mine comme un lieu d’organisation des luttes (il n’y a presque plus de mines et d’ateliers et l’on change continuellement de lieu et de camarades de travail) freinent actuellement les luttes sociales.
Revenir à l’implantation locale des mouvements ? recréer localement des structures et des lieux de solidarité et de rencontre qui permettraient comme au 19ème siècle de reconstruire une cohésion, une envie de lutter ensemble ?
Actuellement le taux de syndicalisation en France est de 6 à 8% (apparemment un peu plus fort qu’en 2002). Ce taux n’a jamais été très élevé en France, maximum aux alentours de 16%.
Il ne faut pas se laisser enfermer dans la nécessité d’avoir des discours d’experts pour négocier. Les choses ne sont pas si compliquées comme ils veulent nous le faire croire ; les revendications et les luttes sont une affaire de choix politique et non pas du domaine de l’expertise dans lequel les classes dominantes veulent enfermer les mouvements sociaux.