Q.Latin baroque, le Val de Grâce
LE VAL DE GRACE
HISTORIQUE
Nous sommes au 227, rue saint jacques, dans le 5ème arrondissement, devant l’église du Val de Grâce.Le chantier se déroule au XVIIème siècle, sous le règne de Louis XIII.
En 1621, la reine Anne d’Autriche, son épouse fonde l’abbaye du Val de Grâce ici, sur le site de l’hôtel Petit Bourbon, afin d’y reloger la communauté des Bénédictines du Val de Grâce de Bièvres.
On connaît les difficultés qu’éprouve alors le couple royal à avoir une descendance.La reine fait à cette époque le vœu d’élever un temple magnifique si Dieu lui envoie un fils.C’est seulement au bout de 23ans de mariage,en 1638,que celui-ci se réalise,avec la naissance de Louis Dieudonné,futur Louis XIV.
La reine qui se rend souvent au couvent du Val de Grâce, pour y correspondre avec sa famille espagnole, commande alors, en 1645,la construction d’une église et d’un palais en adjonction aux bâtiments exisants.Le projet est confié à François Mansart, architecte du Roi, qui a entre autres réalisé le château de Maisons ou encore l’Hôtel Carnavalet.
Le 1er avril 1645 Louis XIV, du haut de ses petits petons, ( il est alors agé de 7ans ), pose La première pierre.
Mais le caractère intransigeant et perfectionniste de Mansart font qu’il ne peut arrêter un projet précis.Coûtant trop cher,il est gracieusement remercié au bout d’un an !
En 1646, Jacques Lemercier, premier architecte du roi, remplace Mansart et seule l’église est construite, sur les plans de Mansart.Jacques Lemercier est l’auteur de nombreux édifices,dont l’église de la Sorbonne,le pavillon de l’horloge dans la cour carrée du Louvre,l’Oratoire du Louvre,le Palais Royal, ou l’église Saint Joseph des carmes.
Mais survient alors la Fronde :les travaux sont arrétés (seul le premier niveau est achevé)et Lemercier meurt en 1654.
Les travaux reprennent sous la direction de Pierre le Muet secondé par Gabriel Le Duc qui revient de Rome, et Antoine Broutel du Val.
Le Muet modifie les plans de Mansart avec le dôme.
En 1662, le gros œuvre est terminé. Michel Anguier, Le Muet et Le Duc travaillent au décor intérieur.
En 1666, la Reine Anne d’Autriche meurt. Colbert commande la grille qui ferme la cour, devant l’église. Le tout est fini en 1669, c’est la fin des travaux.
Anne d’Autriche fait donc édifier cette église en tant qu’ex-voto, en remerciement à la Vierge pour la naissance quasi miraculeuse de son fils. La dédicace sur le fronton du porche est donc facilement identifiable : IESU NASCENTI VIRGINIO MATRI, faisant allusion à la Vierge parturiante (n’est ce pas !). Le Roi a donc « le Vœu de Louis XIII », groupe sculpté dans la cathédrale Notre-Dame de Paris et la Reine à l’église du Val de Grâce.
Avec la Révolution puis la Convention en 1793, l’abbaye est désaffectée et devient un hôpital militaire, ce qui la sauve très probablement à l’époque, mais qui la rend difficilement visitable
aujourd’hui.
Elle maintient désormais son rôle d’hôpital militaire sous le nom d’HIA ( hôpital d’instruction des armées) qui occupe les bâtiments conventuels et un nouveau bâtiment créé en 1979.Celui-ci abrite les chambres VIP du Président et du Premier Ministre en fonction.
C’est ici qu’est décédé l’Abbé Pierre hier matin.
En 1850 est créée l’Ecole du Val de Grâce, école de médecine militaire installée dans le cloître. Elle accueille les médecins, pharmaciens et vétérinaires qui servent dans l’Armée de Terre, de l’Air, dans la Marine et dans la Gendarmerie.
L’école abrite elle-même le Musée du service de santé des Armées (évolution des uniformes du personnel de santé, collection d’objets de pharmacie, d’instruments de médecine et autres acquisitions passionnantes !!!!).
ARCHITECTURE : PLAN ET FACADE
L’église est conçue sur un plan en croix latine, et présente deux niveaux d’élévation : grandes arcades et baies. Un dôme ‘’fait de la proportion de Saint Pierre de Rome’’, visible du parvis de l’église, s’élève au –dessus de la croisée du transept,avec tour lanterne et clochetons. Ce dôme, réalisation de Le Muet, est un des plus vieux de Paris.
La façade a 2 étages annonce l’élévation intérieure : un premier étage avec double niveau de colonnes jumelées, supportant un front triangulaire, et un entablement faisant saillie, marquant bien la séparation entre les deux niveaux.
Le second niveau est couronné d’un fronton triangulaire, dont les deux ailerons ou volutes effectuent la transition entre les deux niveaux. Ceux-ci, sont issus de l’église Santa Maria Novela à Florence, réalisée en 1470 par Alberti.
Deux niches ornent les bas-côtés de chaque niveau.
Avec son style clair et sobre, François Mansart quadrille la façade par des lignes verticales :
-les six colonnes de la façade
- les quatre colonnes du porche
- les quatre pilastres
et horizontales : deux entablements particulièrement soulignés, et d’autant plus au premier niveau avec le ressaut du porche.
Les bas reliefs et rondes bosses des niches, sont signés Philippe Buyster.
INTERIEUR
En 1662, Michel Anguier se charge du décor des arcades, des voûtes en berceau relevées de bas reliefs et des pendentifs de la coupole, mais aussi du Maître Autel orné d’un groupe sculpté représentant une Nativité réalisée en 1666.
En 1663, Pierre Mignard, éleve de Simon Vouet et peintre du roi, connut entre autres pour avoir peint dix fois le portrait de Louis XIV, signe le marché de la fresque de la coupole du dôme intitulée « La Gloire des bienheureux » et qui représente la Sainte Trinité au Paradis, entourée de l’Eglise triomphante avec 200 personnages de l’Ancien et du Nouveau Testament :Dieu le Créateur, le Christ et le Saint Esprit, un peu plus bas Saint Jean Baptiste, des anges musiciens, des chérubins, les 12 apôtres, les martyrs, les confesseurs, les évêques et les papes, puis les patriarches, et les prophètes, autant de personnages trônant parmis les Nues.Molière, son ami, en composera un éloge en 1669.
Autour de 1665, on monte un baldaquin a colonnes torses au dessus du Maître Autel, réalisé par Le Muet et Le Duc à l’imitation du baldaquin de Saint Pierre de Rome par Le Bernin, qui d’ailleurs visitera l’église la même année, le 13 juin.On dit qu’il regarda très longtemps la coupole,dit que c’était un très bel ouvrage, riche et sans confusion et ajouta « qu’un peintre qui n’a point fait de coupe n’est point tout à fait un peintre ».
Quatre des 6 tableaux de Philippe De Champeigne (qui se retire au Val de Grâce ou vivent ses filles) se trouvent encore dans l’église.
-L’Ascension
-La Pentecôte
-L’Entrée du Christ a Jérusalem
-Jésus et la Cananéenne .
Le Maître Autel est détruit en 1793 puis restauré.
Le Baldaquin, privé de ses armes royales est épargné.
La chapelle Saint Anne abrite l’orgue Cavaillé-Col, (grand facteur d’orgues du XIX siècle) provenant du Panthéon ( église Sainte Geneviève) et transféré ici en 1891.Il est classé au titre des monuments historiques en février 1979.
Aujourd’hui l’église n’est pas ouverte au public en dehors des visites organisées ou des offices et des concerts de musique classique qui s’y déroulent.Pour autant, l’abbaye du Val De Grâce reste un des plus beaux ensembles conventuels français du XVIIème siècle