Vaux-le-Vicomte : certains aspects de la décoration
Vaux-le-Vicomte : certains aspects de la décoration
1) Charles Le Brun
A cette époque (vers 1658), Charles Le Brun s’était déjà taillé une place fort enviable dans la société parisienne grâce à son talents et ses mérites. Il s’attirait de nombreuses commandes et ses peintures décoratives étaient recherchées par les financiers, les magistrats et autre personnage en rapport avec Foucquet. D’ailleurs, Le Brun avait déjà peint au plafond de la maison du surintendant le Soleil levant. Ce dernier connaissait et appréciait donc Le Brun.
Il est à noter à quel point il est remarquable que le surintendant su s’entourer des artistes et écrivains les mieux fait pour le servir (Le Nôtre, Le Vau, de La Fontaine). Le Brun a justement su suivre Foucquet dans ses rêves les plus ambitieux et surtout de flatter son orgueil.
C’est en 1658 que Le Brun est chargé de toute la décoration du château, de diriger les peintres et les sculpteurs, de leur donner des idées, des sujets, des modèles en réservant pour lui les peintures les plus importantes (apprentissage de son métier de directeur des arts qu’il exerça à Versailles). Afin de célébrer al gloire de Foucquet, le décorateur fit appel à l’allégorie en puisant dans les ressources de la mythologie grecque. Deviner les sens cacher des allégories était fort à la mode à l’époque ; chacun le faisait et reconnaissait les personnages mythiques ou des histoires anciennes ; nul n’ignorait les légendes des dieux et leurs attributs. Le Brun ajouta à ces thèmes un sens supplémentaire : ils symbolisent les vertus et les mérites du surintendant. Hercule ne symbolise pas seulement le symbole de la Force, mais il figure aussi la puissance de Foucquet.
2) La Bibliothèque
C’est pièce est de style italien et sert d’antichambre du roi. On y trouve une alternance de peintures en trompe-l’œil et des éléments en reliefs : encadrements, amours en stuc doré, chiffre « F » aux angles, armoirie de Mme Marie Madeleine de Castille
v Ovale central : peint au XVIII° siècle
v Décrochement vertical du caisson rectangulaire : écureuil
v Au centre des voussures : Diane se déchaussant après la chasse (la bibliothèque est un lieu intellectuel et de détente) ; l’Amour et la Foudre ; Achille implorant Vénus de lui rendre le bouclier que l’amour lui avait dérobé ; l’Amour et le cèpe de vigne)
v Bibliothèque : en noyer, de style Louis XVI, mis en place par le duc Choiseul-Praslin (1712-1785)
v Au-dessus de la cheminée : portrait équestre de Louis XIV fait par Houasse, un élève de Le Brun
v Mobilier : série importante de canapé et fauteuils d’époque Régence garni de tapisserie au point d’aiguille, réunit autour d’un grand bureau en chêne incrusté de filets de cuivre doré orné de bronze doré
3) La Chambre du roi
L’aménagement d’une chambre pour le roi dans les maisons de la haute bourgeoisie était encore à l’usage à cette époque. Cette tradition remonte au temps où les monarques menaient une vie semi-nomades. Il s’agit de la pièce la plus luxueuse du château, de style baroque avec un plafond chargé. Ce style préfigure Versailles et sera reprit un peu partout en Europe. La beauté de cette chambre est due à la capacité de Le Brun de créer un équilibre entre peintures et décoration en stuc.
v Centre du plafond : Le Temps enlevant au ciel la Vérité
v Voussures latérales : 4 dieux représentatifs du génie de Foucquet (Mars pour la valeur, Jupiter pour la puissance, Bacchus pour l’abondance et Mercure pour la vigilance)
v Aux angles des voussures : médaillons octogonaux peint en camaïeu représentant Diane, Léda, les Parques et les Cavaliers combattants)
v Entre ces peintures : stucs en forme de femme ailées, d’anges casquée, de guirlandes comblent les vides
v Aux angles de la pièce : deux « F » (chiffe de Foucquet) entrelacés dans des écus d’argent
v Corniche du plafond : frise de palmettes dont une sur deux porte un écureuil (l’armoirie de Foucquet)
v Palmettes d’angles : tour à trois créneau (armoirie de Mme Marie Madeleine de Castille, seconde épouse du surintendant)
v Alcôve : grand lit Régence en tapisserie représentant l’histoire de Psyché et de part et d’autre des commodes (auparavant il y avait les fameuses commodes de Boulle que l’on retrouve aussi à Versailles)
4) Salle des Buffets
Le fait d’avoir une salle à manger n’est apparu que vers la fin du XVII° siècle. Foucquet était donc avant-gardiste pour son époque. Cette salle conjugue avec succès sobriété et beauté : il n’y a ni voussures ni de stuc au plafond et des lambris au moulures dépouillés. Elle est complétée par un buffet, une pièce voûtée derrière une grande arcade dans laquelle on réchauffait les plats provenant des cuisines.
v Sujet central du plafond : La Paix ramenant l’abondance (on y voit la fameuse corne d’abondance), un sujet qui avait été traité par le maître de Le Brun, Poussin. Un sujet politique de l’époque car on faisait allusion au Traité des Pyrénées, signé en 1659.
v Caissons qui encadrent ce sujet : 4 éléments peint en camaïeu d’or et bleu (Apollon sur le char du Soleil – feu ; Tritons et les Naïades – eau ; Flore qui repend des fleurs – terre ; Diane chevauchant les Nues – air)
v En camaïeu gris : les 4 saisons
v Au dessus des portes : des médaillons circulaires ou octogones représentant Janon pourchassant Io
v Lambris supérieures : arabesques style des loges de Raphaël au Vatican avec les chiffres et armoiries de la famille
v Lambris inférieurs : représentation de jeux d’enfants
v Deux arcades en plein cintre : nature morte opposant les outils de la guerre (armes) et les symboles de la paix (fleurs et fruits)
v Glace qui surmonte la cheminé : remplace le portrait de Louis XIV
v Voûte du buffet : petits caissons agrémentés de rosaces en trompe-l’oeuil
Boiseries du buffet : alternance de paysages, d’arabesques et scènes mythologiques (le repas des dieux)