Autour du Louvre, les Hotels de voyageurs
LES HOTELS DE VOYAGEURS
Court historique du voyage
Au Moyen Age, les voyageurs sont des artistes, des troubadours, des colporteurs, des pèlerins. Ils voyagent dans le but de travailler ou parce qu’ils sont en mission. Pendant leur trajet, ils sont hébergés dans des monastères ou des auberges dont le seul souci est offrir le gîte et le couvert.
Puis, avec le relais des postes, naît un service de voyageurs installé juste à côté de celui-ci et entretenu par le responsable du relais.
Depuis la Renaissance, il est de bon ton de faire le Grand Tour, initié par les anglais, en Europe, surtout en France et en Italie.
Depuis la Paix d’Amiens signée après 10 ans de guerre entre la France et l’Angleterre, une déferlante d’Anglais arrive en France et des Autrichiens aussi.
La Révolution a transformé les hôtels particuliers réquisitionnés en hôtel de voyageurs pour accueillir les premiers touristes à proprement parler qui sont des princes, des ministres, des diplomates.
Au 19ème Siècle, des manifestations attirent les étrangers comme le sacre de l’empereur Napoléon 1er en 1804. Pour accueillir ces nouveaux habitants de passage, il faut aménager à grands frais des établissements prévus à cet effet.
L’influence anglaise
Paris attire pour 2 raisons majeures :
Parce que Paris est Paris
L’anglomanie a envahie les esprits des français.
En effet, les anglais sont en avance en matière de confort et les français vont les imiter pour les accueillir le mieux possible. En 1820, on recherche le luxe et le confortable. Ce sont les clubs britanniques qui les premiers excellent dans le domaine : ils doivent pouvoir accueillir les amis et relations de leurs membres qui peuvent eux-mêmes séjourner dans la place grâce à un hôtel à côté du club qui offre toutes les commodités à ses clients comme un café, un restaurant, une bibliothèque, un fumoir, etc.
A Londres, lors de l’exposition universelle de 1851 est inauguré le premier grand hôtel européen : le Great Western Hotel, réalisé par P.C. Hardwick.
Les touristes : qui sont-ils ?
Il y a toujours la clientèle riche qui se déplaçait avec tout son personnel pendant l’ancien régime.
Au 19ème Siècle, le développement du chemin de fer et de la grande navigation à vapeur associé à l’industrie et à l’essor du commerce international fait apparaître une nouvelle classe sociale de riches, qui jusque là était exclu de cette forme de loisirs et de culture, et une évolution des mœurs. Un véritable tourisme prend forme.
Paris offre plusieurs atouts pour le tourisme :
Les plus belles tentations sont à Paris
La ville fait l’objet d’une urbanisation réparatrice
Les expositions universelles.
Et déjà une agence de voyages, Thomas Cook et ses cookies, organise des séjours à Paris, qui attire le monde entier. On y entend parler l’anglais, le brésilien, le mexicain, l’allemand, l’italien
En réaction à cette nouvelle fréquentation, des investisseurs français vont se lancer dans la construction d’un nouveau mode d’hébergement adéquat qui existe déjà aux Etats-Unis avec le Saint Nicholas Hotel.
Quelles sont les caractéristiques de cet hôtel d’un nouveau type ?
- installé dans le centre fréquenté de la ville
- décor somptueux de l’édifice et du mobilier avec l’emploi de matériaux nobles, comme des marbres ou des bois d’essences rares et variées
- plusieurs entrées
- la mise à disposition de journaux internationaux
- 800 chambres dont une pour les jeunes mariés, d’autres pour accueillir des familles entières
- assure le logement du personnel, depuis les femmes de chambres au directeur
- salle à manger, café, salle de lecture, fumoir, salle de billard
- une cuisine grande et aérée
- serveurs en uniforme
- salle de bain dans chaque chambre
- lumière partout au gaz
- chauffage
- des écuries
- …
Pour résumer, l’hôtel doit fournir à sa clientèle le service le plus parfait qui soit, s’adapter et répondre à la demande des visiteurs du mieux qu’il peut.
A Paris, un premier projet échoue pour laisser la place en 1854 à une création des frères Pereire (Emile et Isaac) qui est la Société du grand hôtel des chemins de fer qui devient cette même année la Société du Grand Hôtel du Louvre. Il est le premier complexe de cette taille à être construit à Paris dans le centre de la vie mondaine c'est-à-dire le quartier tout nouveau de l’Opéra. (Il existe déjà un palace rue de Rivoli mais il est né au temps des relais poste dans le Nord de la France en 1772 : l’hôtel Meurice.)
Ce nouveau quartier naît sous l’impulsion de l’Empereur Napoléon III qui veut faire de Paris une capitale moderne ouverte au monde avec de grands axes de communication, aboutissement d’un important réseau ferroviaire.
1855 : grand hôtel du Louvre
1862 : Grand Hôtel
1878 : le Continental
Pour les expositions universelles de 1889 et 1900 naissent respectivement le Terminus Gare Saint Lazare et la Gare Orsay. C’est hôtels répondent directement à la nécessité d’héberger les voyageurs qui arrivent toujours plus nombreux grâce au développement du chemin de fer.
1899 : l’Elysée Palace hôtel s’est désaxé sur les Champs Elysées, nouveau centre de la vie mondaine. Suivront le Majestic, le Claridge. Le Lutétia est le seul palace à s’installer rive gauche. Il fera de la tranquillité du quartier son atout majeur pour se démarquer des autres.
Jusqu’à la Grande Guerre, Paris sera le nouveau centre international où s’expriment la belle époque et son insouciance. Au fil des ans, le gigantisme et le souci de paraître du IInd Empire laissent la place à l’élégance et au raffinement.
Le Ritz est le seul palace de Paris qui ne répondra pas à cette caractéristique. César Ritz souhaite tenir un établissement où les aristocrates peuvent se retrouver entre eux.
Quelques exemples précis d’hôtels de voyageurs
Le premier palace installé à Paris est l’hôtel Meurice, héritier de l’ancien régime.
Son créateur, Charles Augustin Meurice était propriétaire d’une voiture de messagerie en 1771 à Calais : le Chariot Royal. Très vite lui vient l’idée d’y installer une auberge pour héberger les voyageurs, généralement des anglais qui débarquent ou embarquent pour l’Angleterre.
Son fils, commissionnaire de roulage (charger d’acheminer les marchandises), s’installe à Paris. En 1817, l’hôtel est installé rue de l’Echiquier et son magasin est rue d’Hauteville.
En 1818, l’hôtel est transféré au 323 rue Saint Honoré, entrée principale, et 24 rue de Rivoli. Jusqu’en 1832, l’hôtel est appelé Cité de Londres.
L’hôtel offre une table d’hôte française et anglaise. Autre révolution : les prix sont imprimés dans toutes les chambres de l’hôtel.
Tout y est fait pour rendre la vie agréable et facile avec un personnel qui parle anglais et le rythme de l’hôtel est accordé au rythme anglais. Ainsi, le voyageur se retrouve aisément dans ses habitudes.
De cette manière, le palace s’assure un avenir brillant. Il connaîtra des hauts et des bas, mais aujourd’hui il est un des palaces de Paris et suit la modernisation pour répondre parfaitement aux exigences de sa clientèle huppée.
La première réalisation résultant de cette volonté de modernisation voulue par Napoléon III est le projet du Grand Hôtel du Louvre, en 1855, rue de Rivoli. Haussmann et les investisseurs Pereire vont créer une société d’actionnaires pour ouvrir un palace afin d’accueillir les visiteurs de la première exposition universelle organisée à Paris.
Boulevard des Capucines, centre de la vie mondaine au 19ème Siècle, c’est là que le Grand Hôtel voit le jour avec les investissements des frères Pereire. C’est la première grande maison meublée bâtie pour accueillir les voyageurs de trains. Elle offre tout le confort possible pour l’époque. Sa mission sera d’évoluer avec le temps pour se moderniser et être toujours à la pointe de la technologie pour offrir tout le confort et le bien-être possible à ses clients.
* le système vapeur installé en 1872 devient chauffage entral en 1901.
* les ascenseurs sont un gage de modernisme, malgré un accident mortel en 1898.
L’architecte Alfred Armand, de la Cie des Chemins de Fer de L’Ouest, qui finance le projet, et entouré d’ingénieurs : Pellechet, Rohault de Fleury et Hittorff. Nadar est le photographe officiel
Le rez-de-chaussée est occupé par des boutiques et les chambres occupent les étages. La surface habitable est de 8 000 m². Les façades doivent respecter l’ordonnance classique et monumentale des abords du futur opéra.
L’hôtel Grand Hôtel sera inauguré le même jour où la première pierre du nouvel opéra sera posée par l’impératrice Eugénie. Elle présidera l’inauguration de l’hôtel et s’émerveillera au bras d’Emile Pereire de la majesté de l’édifice et de sa richesse. La soirée sera animée par un ballet, la Traviata sera jouée, les chefs d’orchestre ne sont autres que Jacques Offenbach et Olivier Métra.
L’hôtel fait désormais parti des lieux de plaisirs. Des soirées y sont organisées
* 1879 : Victor Hugo fête la 100ème de Notre Dame de Paris
L’hôtel Terminus Saint Lazare, 1889.
Ce système d’hébergement existe déjà en Angleterre et en Allemagne à ceci prêt que le Terminus Saint Lazare est divisé en 2 bâtiments : la gare Terminus et l’hôtel, reliés entre eux par une passerelle. Ainsi, les nuisances dues au bruit et à la circulation sont évitées.
Quelques différences sont à noter cependant :
L’entrée est le chauffoir car elle est chauffée
Le hall-salon, la pièce maîtresse de l’édifice, lieu de rencontre, d’échanges…
Une salle des machines produit de l’électricité : eau chaude, chauffage et lumière dans tout l’édifice
Un tout à l’égout est installé
Toutes les chambres sont équipées d’un téléphone, reliés entre eux et à l’extérieur
Des trappes dans les mûrs permettent aux serviteurs de récupérer courrier, chaussures et autres sans importuner le client.
Face au succès de l’hôtel, l’entresol réservé aux commerces est changé en chambres.
Aussi, des cafés et restaurants sont ouverts pour les voyageurs qui ne logent pas à l’hôtel