Saint Denis basilique, la nécropole

Publié le par Remigin07

LA NECROPOLE DE SAINT DENIS by Sylviane

 

HISTORIQUE

La première chapelle de la fin du Vème siècle construite par Sainte Geneviève pour le tombeau de Saint Denis a été agrandie au VIIème siècle, sous les règnes de Dagobert I et de son fils Clovis II.

 

C'est à Dagobert que l'on doit la fondation de l'abbaye bénédictine de Saint Denis. Il fut le grand protecteur de l'abbaye et y fut enterré en 639. Il est le premier roi enterré à Saint-Denis, les monarques précédents étant enterrés soit en la basilique des Saints-Apôtres et de Sainte-Croix (Sainte Geneviève) ou l'abbaye Saint-Vincent (St Germain des prés). Sa femme Nanthilde et son fils Clovis II suivront son exemple.

 

C'est à partir de la naissance de la dynastie carolingienne au VIIIème siècle, avec Charles Martel et Pépin le Bref que s'instaure plus durablement la tradition de choisir Saint-Denis comme lieu de nécropole. Charlemagne lui-même avait manifesté la volonté d'être enterré ici, mais cela ne fut pas respecté.

 

Après une interruption de près d'un siècle, les capétiens afin d'affirmer leur légitimité et d'assurer le destin de nécropole royale de cette abbaye, reprennent la tradition carolingienne. Entre 989 et 1060, Eudes, Hugues Capet, Robert II le Pieux et Henri I y sont inhumés.

 

Suger et les abbés qui lui succèdent mettront toutes leurs forces, quitte à produire des faux, pour affirmer le droit naturel à l'abbaye d'être la nécropole des rois. Ainsi le droit dit de dépouille est reconnu par Louis VI et confirmé par saint Louis.

 

Evénement marquant : ce que l'on nomme la "commande de saint Louis" est la translation des cendres et des corps des Carolingiens et des Capétiens en l'abbaye le 12 mars 1264 et la réalisation des tombeaux à gisants en pierre, qui étaient enrichies de polychromie. Une réorganisation complète des tombeaux est réalisée.

 

Hormis Louis XI, qui préférera Cléry, Louis VII (abbaye de Barbeau) et Philippe Ier (Benoît sur Loire) tous les rois de France de Louis VII à Louis XV, ainsi que quelques reines, reposeront à Saint-Denis.

 

Mais dès le XIIIème siècle, de nombreux autres personnages seront également enterrés ici (des conseillers comme Du Guesclin, les enfants des rois) A partir de 1275, les gisants sont en marbre blanc sur tombeau noir.

 

Dans le choeur, au XIIème siècle, des monuments funéraires célébrant la mémoire de personnages simplement enterrés jusqu'alors sous le dallage, identifiés par une brève inscription -on a retrouvé celle de Louis VI- ou privé de tout signe distinctif seront érigés. Les plaques de bronze ou les éléments en argent décorant ces tombeaux ont disparu.

 

A la révolution, les tombeaux sont mutilés, les sépultures profanées, les matériaux précieux fondus. En 1816 sont rapportés à Saint-denis les monuments sauvés du désastre par Alexandre Lenoir et conservés au dépôt des Petits-Augustins (musée des monuments français), mais également les gisants d'autres églises parisiennes devenues hors d'état de les abriter, ce qui explique la présence de tant de princes et princesses.

 

Durant le XIXème siècle, les tombeaux furent placés, déplacés et replacés à de nombreuses reprises au gré des restaurations et remaniements opérés par les architectes Debret et Viollet-le-Duc.

 

42 rois, 32 reines, 63 princes et princesses, 10 grands du royaume y reposèrent. Avec plus de 70 gisants et tombeaux monumentaux de la Renaissance, la nécropole royale de la basilique s'impose aujourd'hui comme le plus important ensemble de sculpture funéraire du XIIe au XVIe siècle.

 

Au Moyen Âge, on réalisait généralement trois gisants : un gisant d'entrailles, un gisant de cœur et un gisant de corps. Le roi était ainsi honoré par trois tombeaux. Cette multiplication des sépultures résulte des difficultés de conservation des corps lors de leur transport. Après le décès, on ouvre le ventre du défunt et on en retire les viscères. Puis on procède à l'ablation du cœur. On identifie un gisant de cœur par la présence d'un petit cœur sculpté dans la main gauche du personnage et un gisant d'entrailles par la présence d'un petit sac dans une main. A Saint-Denis, se trouvaient les gisants les plus nobles, les gisants de corps. Les techniques de conservation des corps étaient rudimentaires au Moyen Âge. Pendant le transport, on le recouvrait de sel, d'aromates et de vin qui jouait alors un rôle d'antiseptique. Plus surprenante fut la coutume, notamment utilisée pour Saint Louis, qui consistait à faire bouillir le corps afin de séparer les chairs et les os. Lorsque le souverain mourut de la dysenterie à Carthage, les chairs du saint roi furent enterrées à la cathédrale de Monreale, en Sicile et les ossements transportés à Saint-Denis. Du col de la Chapelle, située au Nord de Paris, jusqu'à l'abbaye royale, Philippe III le Hardi transporta sur ses épaules les cendres de son père ; un parcours qui sera plus tard jalonné de sept stations de pèlerinages identifiées par des croix et des sculptures royales, les Montjoies.

 


LES TOMBEAUX

Le tombeau de Frédégonde.

Frédégonde, morte en 597, était la femme de Chilpéric I (petit-fils de Clovis et grand-père de Dagobert). Ce tombeau vient de l’église Saint Germain des Prés. La dalle en pierre de liais (calcaire dure à grain très fin), a été creusée en laissant en réserve la tête, les mains, la ceinture et les plis. A l’origine, les mains, les pieds et le visage étaient peints. A l’intérieur des parties creuses, l’artiste a disposé des pierres de toutes sortes et des filets de cuivre. Témoignage d’une technique dont on n’a pas d’autre exemple.

 

Le tombeau de Childebert I

Childebert I, mort en 558, était le fils de Clovis. Ce tombeau vient également de Saint Germain des Prés et est contemporain de la dalle de Frédégonde. Il fut exécuté peu avant 1163. C’est le plus ancien gisant conservé dans la France du Nord. Il est taillé en réserve dans une dalle de forme trapézoïdale. Il tient dans la main le modèle de l’église Saint Vincent (St Germain des prés) comme sont figurés les fondateurs.

 

Le tombeau de Dagobert

Le tombeau exécuté vers 1258 adopte la forme d’un enfeu (niche funéraire à fond plat pratiquée dans les murs des églises pour y recevoir des tombes) dont le fond est traité comme un tympan. Elevé à l’emplacement même de sa sépulture originelle, à droite des reliques de saint Denis, le monument à l’origine polychrome se présente comme un portail d’église. Les 3 registres du tympan illustrent la légende de l’ermite Jean de Lipari. Sur le 1er registre, L’évêque Ausoald, muni de sa crosse, pose sa main sur l’ermite Jean, endormi. L’âme de Dagobert est représentée comme un enfant nu, la tête couronnée et les mains jointes tandis que plusieurs démons l’entraînent vers l’enfer. Sur le 2ème registre, l’âme de Dagobert est sauvée de l’enfer grâce à l’intercession de saint Denis, saint Maurice et saint Martin. L’âme délivrée est présentée au ciel et accède au Paradis.

Le gisant du roi se trouve en bas, allongé sur le côté, les mains jointes, reposant sur un oreiller, le sceptre royal à ses côtés. Il est encadré par la statue de sa femme Nanthilde et de son fils Clovis II. Ces statues ainsi que le gisant sont des restitutions du XIXème siècle

Le tombeau d’Isabelle d’Aragon

Les gisants exécutés en 1263 - 1264 (ex Henri I, Louis VI, Clovis II) sont sculptés dans la pierre. Le visage est idéalisé, les yeux sont ouverts. A partir du tombeau d'Isabelle d'Aragon (1271), et de Philippe III son époux (1285) les gisants sont en marbre blanc posé sur une dalle de marbre noir. Ces tombeaux ont été réalisés par Jean d'Arras. Celui d’Isabelle date de 1275, et il inaugure une nouvelle représentation. L'aspect stéréotypé disparaît au profit de recherches individualisées qui ne signifient cependant pas que nous sommes en présence de portraits. La douceur des gestes, le raffinement de l’attitude et la souplesse des plis des vêtements confèrent à ce chef d’œuvre une grâce exceptionnelle. La gisante est posée sur un soubassement en marbre noir orné d’une inscription en français, en lettre de marbre blanc. Cette dalle est la seule conservée à la Révolution du fait de son inscription profane

 

L'épouse de Philippe III le Hardi, Isabelle d'Aragon décèdera d'un chute de cheval à Cosenza en Calabre lors de son retour de la huitième croisade qui avait déjà vu la mort de Louis IX, du fils et de fille de Louis IX : Jean-Tristan comte de Nevers et Isabelle de Navarre, de Thibaud V de Navarre beau-frère de Philippe III le Hardi (époux d'Isabelle de Navarre) décédé à Trapani et de Pierre de Villebéon, chapelain de Louis IX. Le coeur de la défunte est inhumé dans la cathédrale de Cosenza. Lors de son décès, Isabelle était enceinte de 6 mois. La chute provoqua l'accouchement de l'enfant qui ne survit pas.

 

En 1285, alors que Philippe III entreprenait la conquête de l’Aragon, il contracte le paludisme et succombe, à Perpignan le 5 octobre 1285, à l'âge de 40 ans. Les chairs du roi sont inhumées à Narbonne, ses entrailles à l'abbaye de La Noë en Normandie et ses os sont inhumés le 3 Décembre en la Basilique Saint-Denis prés d'Isabelle d'Aragon.

 

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