Paris gothique,NDame,Les vitraux
Les vitraux de la cathédrale de Notre-Dame de Paris
Le visiteur qui pénètre dans la cathédrale de Paris est irrésistiblement attiré vers la luminosité de la croisée du transept. Il s’y trouve à la rencontre des quatre points cardinaux. A gauche, c’est le nord dont la rose aux teintes froides est consacrée à l’Ancien Testament. Au fond du cœur, c’est le levant d’où vient, à travers de médiocres verrières, la lumière qui dès l’aube éclaire le monde. A droite, c’est le midi dont la rose aux coloris chauds célèbre l’éternité promise aux justes par le Christ. Derrière, c’est l’ouest, le côté du soleil couchant qui fait flamboyer chaque soir une troisième rose de même qu’à l’extérieur il illumine le portail du Jugement. Avec les lumineuses verrières contemporaines qui ont éclairé, depuis les fenêtres hautes de la nef, la montée vers le transept, c’est pratiquement l’ensemble du programme verrier de Notre-Dame qui apparaît ainsi.
La rose de l’ouest :
C’est la première rose de Notre-Dame (1220) et elle est située au centre de la façade. D’un diamètre de 9,60 mètres, elle se compose de trois cercles autour d’un médaillon central. Les images des deux premiers cercles se répondent dans chacune des deux moitiés de la rose. Dans la moitié supérieure, les douze vertus, représentées par des guerrières couronnées et armées d’une lance, s’opposent aux douze vices. Dans la moitié inférieure, aux travaux des douze mois répondent les douze signes du Zodiaque. Dans le cercle entourant le médaillon, sont représentés les douze « petits » prophètes qui ont annoncé l’Incarnation de la Vierge et de l’Enfant Dieu.
Le buffet des grandes orgues, installé en 1730, cache une partie de la rose dont beaucoup de figures inférieures ont été refaites au 16ème siècle.
Les roses du nord et du midi étaient construites en 1270 et elles sont plus audacieuses encore que celle de l’occident. Leur diamètre atteint 12,90 mètres et, si l’on ajoute les arcatures ajourées sur lesquelles elles reposent, la hauteur totale de vitrage est de près de 19 mètres. Leurs architectes sont Jean de Chelles d’abord suivi par Pierre de Montreuil. L’agencement des médaillons, dans les rayons et les cercles (au nord : 16+2 (16x2) = 80 et au sud : 12+3 (12x2) = 84) et le décalage de quelques degrés du dernier cercle ont permis au maître d’œuvre de concilier la stabilité de la pierre et l’impression de mouvement. Viollet-le-Duc, pour consolider la façade du transept sud, a fixé la rosace en la faisant pivoter de 15° ; l’impression de rotation en est entravée.
La rose du nord :
Presque intacte, la rose nord a conservé pratiquement tous ses vitraux du 18ème siècle. Elle est consacrée à l’Ancien Testament et le violet est la couleur dominante ; elle doit rappeler la longue nuit d’Israël en attente du Messie. Le médaillon central représente la Vierge portant son enfant et il est entouré de 80 médaillons disposés en 3 cercles.
1er cercle : est consacré aux 16 prophètes (mais Elie, qui n’a pas laissé d’écrits, est représenté deux
fois et l’un des médaillons a été remplacé par un songe du Pharaon. Abdias, Aggée et Joël
ne figurent donc pas)
2e cercle : Moïse, la prophétesse Déborah et 12 juges, les premiers rois d’Israël, Saül, David, et
Salomon avec 15 de leurs successeurs
3e cercle : 6 rois représentés avec la couronne et la main de justice des rois de France, les
prophètes tiennent un rouleau de leurs écrits, les grands-prêtres sont coiffés d’un
bonnet pointu et portent souvent un bâton comme Moïse
Les scènes des ecoinçons, des surfaces triangulaires, dont la rose même forme le plus grand côté, traitent de l’Antichrist et de la fin du monde.
Cette rose est celle qui, à Notre-Dame, a conservé la plus grande part de sa vitrerie d’origine. Les 18 rois de Juda, déjà présents dans la rosace, et que l’on voit dans l’arcature ajourée, sont au contraire des œuvres du 19ème siècle.
La rose du midi :
La rose sud a été presque entièrement restaurée en 1737, c’est celle du Nouveau Testament. La figure centrale qui se trouve dans le médaillon quadrilobe est une image du Christ siégeant sur un trône, le livre de 7 sceaux et l’agneau de l’Apocalypse dans le lobe inférieur, les symboles des 4 évangélistes dans les trois autres lobes.
Les apôtres sont dispersés dans les deux premiers cercles parmi des martyrs qui tiennent une palme à la main, des évêques, des diacres, des vierges sages et un jugement de Salomon. Le même diversité se retrouve dans le 3ème où figurent sept des scènes de la vie de saint Matthieu ainsi qu’une Annonciation. Dans le dernier cercle, 20 anges portant cierge ou encensoir, un martyr, la fuite en Egypte, la guérison d’un paralytique et deux scènes difficilement identifiables.
Dans les ecoinçons on reconnaît :
- la descente aux enfers à l’est, entourée de Moïse et Aaron et de la tentation d’Adam et
Eve
- la résurrection du Christ à l’ouest avec saint Pierre et saint Paul en bas, sainte
Madeleine et saint Jean en haut
Ce désordre apparent est à mettre au compte du restaurateur du 18ème siècle, Guillaume Brice, qui possédait un grand dépôt des vitraux anciens et les utilisait pour combler les manques.
Sous la rose, dans l’arcature ajourée, figurent les 16 prophètes.
Les verrières :
1855 – Restaurant la cathédrale au 19ème siècle, Viollet-le-Duc trouva la vitrerie du 18ème en mauvais état et la fit presque totalement disparaître. Soucieux de rester fidèle au modèle moyenâgeux, il fit réaliser des suites de vitraux où se retrouvent les trois traditions de cet art. Verreries narratives à compartiments superposés qu’il faut généralement lire de bas en haut, verrières à grands personnages sous dais architectural et fenêtres en grisaille claire.
A la tradition narrative appartiennent les verrières des chapelles Notre Dame des Sept Douleurs et
Saint-Georges dans le déambulatoire, Sainte-Anne dans les bas-côté sud.
Dans la première chapelle, la verrière du nord est consacrée aux ancêtres de la Vierge Marie, celle du
centre raconte sa vie, de sa naissance à Nazareth jusqu’à sa mort imaginée au milieu des apôtres, la
troisième verrière, du côté sud, présente des apparitions et des pèlerinages à la Vierge.
Dans la seconde chapelle, les trois verrières sont consacrées à des saints qui ont été célébrés à Paris.
C’est d’abord saint Louis que l’on voit, enfant, auprès de Blanche de Castille, rendant la justice à
Vincennes et mourant à Tunis au cours de la huitième croisade. C’est ensuite saint Etienne auquel
était consacrée la première cathédrale de Paris. La troisième verrière raconte la vie de saint
Eustache, général romain converti au christianisme et martyrisé avec sa famille dans un taureau
d’airain sous lequel avait été allumé un feu.
Dans la chapelle Sainte-Anne figure un « Arbre de Jessé». Il s’agit là d’une tradition picturale
médiévale que l’on retrouve en pierre, en fresque ou en vitrail dans maintes églises. Du corps endormi
de Jessé , père du roi David, s’élance une tige dont chaque branche porte l’image d’un ancêtre du
Christ. L’arbre suit la filiation de l’évangile de saint Matthieu par David et Salomon, mais
curieusement, au lieu d’aboutir à Jésus par Joseph, l’arbre aboutit à Marie que l’on voit dans les
bras d’Anne, sa mère, dans le médaillon supérieur. Dans les compartiments latéraux figurent des
personnages de l’Ancien Testament : Moïse avec les Tables de la Loi, Isaïe prophétisant la naissance
d’un enfant, Jacob avec une échelle.
Dans le hautes fenêtres du chœur et des transepts figurent les grandes personnages. Ici, autour de
trois évocations de Notre-Dame, l’Annonciation, le Couronnement et la Visitation, se retrouvent en
tout 46 personnages (des évêques de Paris : saint Denis, Maurice de Sully tenant en main une
maquette du chœur de la cathédrale, son successeur Eudes de Sully présentant la façade, des
prophètes, les quatre évangélistes, etc.….)
Autour du petit cloître qui relie la sacristie au déambulatoire, est réalisé la vie de sainte Geneviève
en dix-huit panneaux. La tonalité est plus reposante, très loin de l’agressivité des couleurs des
grandes figures du chœur. Les scènes sont réalisées dans des teintes pastel et placées dans des
panneaux de grisaille claire, les traits sont nets, les ombres discrètes.
1960 - Jacques le Chevalier a réalisé pour les fenêtres hautes de la nef et les baies des tribunes des
vitraux non figuratifs dans les tons des trois roses du Moyen Age. Le verrier a aussi éliminé les tons
violets et orangés qui ont le redoutable privilège de s’isoler dans une surface colorée. Les verrières ont
été entièrement effectuées avec des verres fabriqués par soufflage à bouche, avec des vergetures, des
bulles, et surtout des inégalités dans l’épaisseur des feuilles.
La réalisation d’un vitrail :
Techniquement il s’agit d’un travail long qui demande une main d’œuvre nombreuse. Les méthodes
de sa fabrication ont peu varié depuis le Moyen Age. Le verre est un mélange de soude provenant de
cendres végétales et de sable à haute teneur de silice porté au point de fusion. La pâte obtenue est
façonnée, puis soufflée à travers une longue canne de verre en une forme de bouteille. Le verrier
sectionne le cylindre obtenu aux deux extrémités, le fend sur toute sa longueur avec des tenailles,
puis l’étale à l’aide d’une spatule en bois. L’épaisseur de ce verre soufflé varie de 3 à 6 millimètres et
cette irrégularité donne au verre ce scintillement d’ombre et de lumière qui en fait toute la beauté. La
coloration s’effectue dans la masse par adjonction d’oxydes métalliques. A l’époque de la
construction des cathédrales, les colorants les plus utilisés sont des oxydes de fer, de cuivre et de
manganèse pour les rouges, les jaunes et les verts, de cobalt pour les bleus. Le verre, coupé selon le
tracé du carton de l’artiste, est complété, si la maquette le demande, d’une matière noire à base
d’oxyde de fer, la grisaille, que l’on étend au pinceau pour préciser les traits ou moduler la
translucidité du verre. La grisaille est fixée par cuisson et les verres sont alors assemblés par
sertissage dans des baguettes de plomb. Un panneau est ainsi constitué qui vient s’encastrer dans
une armature métallique et dans la feuillure de la pierre. Tout l’art des maîtres-verriers était de
juxtaposer les morceaux de verre de façon à leur donner le plus bel éclat